Les plus beaux coins du polar Spi d'enfer : baie de Quiberon, golfe du Morbihan, les îles....
Pointe de Kerbihan, maison Ty Guard (la Trinité)
La nuit tombe, et les températures aussi avec ce petit vent sec venu du nord-est. Les derniers promeneurs sur le chemin côtier du chenal allant du port de La Trinité-sur-Mer à la pointe de Kerbihan s’emmitouflent.
À la toute fin de la pointe se dresse une mystérieuse petite maison bâtie en vieilles pierres, de la même couleur que celles du promontoire rocheux qui s’élance vers le large. De bien mauvais cailloux que protège la bouée rouge du Petit Trého.
Sous les étoiles et une lune quasiment pleine luit le toit de la demeure, dans les mêmes tons gris-marron que la pierre de la maison et du muret le protégeant. On dirait un décor de cinéma, tant l’abri semble totalement fantomatique. Une vraie figure de proue d’un navire imaginaire, dressé dans la nuit, sombre et inquiétant.
Cette maison, désormais habitée ou louée, a une histoire et surtout un nom, lui aussi très intrigant : Ty Guard. C’était auparavant la maison des douaniers, au bout de leur chemin de ronde. Lorsqu’ils traquaient les trafiquants de sel ou les naufrageurs qui accrochaient de nuit une lumière sur la corne d’une vache pour faire croire à l’entrée d’un port, attirant ainsi les bateaux sur des fonds rocheux pour mieux les piller de leurs butins.
Ce soir, Ty Guard paraît vide. Aucune lumière ne filtre des rares fenêtres étroites. Pas de trace de fumée non plus du haut de la cheminée. Juste une maison fantôme digne de charmants cauchemars d’enfant en vacances dans le sud de la Bretagne.
Rivière d’Auray, port de Saint-Goustan
Deschanel se contente, pour toute réponse, de montrer la vue d’un coup de menton. La berline roule doucement en bordure de la rivière d’Auray. Le bleu de ce bras du golfe du Morbihan se mêle au vert tendre de la nature renaissante en ce début de printemps. Au fond, on aperçoit le port de Saint-Goustan, avec ses vieux gréements, ses coques en bois aux couleurs chaudes, ses quais en pierre, ses maisons à colombages, rouges ou verts, ses terrasses bondées de touristes, son petit et vieux pont historique. Un véritable enchantement !
Le Sirwen à Carnac
Le Stirwen ? L’étoile blanche en breton. Une véritable légende dans le milieu de la fête morbihannaise. Un décor à nul autre pareil. C’est un grand manoir breton, magique et vaguement inquiétant quand la nuit tombe, avec ses larges pierres de granit, niché dans la forêt, tout près des menhirs et alignements de Carnac. Cette folie celtique et pharaonique a été voulue et imaginée par le chanteur Alain Barrière, de son vrai nom Louis Bellec, une famille bien connue de La Trinité-sur-Mer.
Au sommet de sa gloire, l’interprète de tubes comme «Elle était si jolie », « Ma vie » ou encore « À regarder la mer » a brutalement quitté, en 1973, les scènes et plateaux de télévision. L’homme, rebelle et sauvage, solitaire et très éloigné de l’entre-soi du show-biz, n’avait qu’une idée en tête : bâtir au cœur de la forêt de Carnac, près des mégalithes, un temple de la culture celtique et de la fête. L’artiste a lui-même dessiné les plans de ce bâtiment original, qui a ouvert ses portes en 1975. Les plus anciens navigateurs du Spi Ouest-France se souviennent encore de la soirée d’ouverture, des concerts d’Alain Barrière et de bien d’autres artistes, des soirées de folie. C’est dans ce navire de granit que les marins du Spi vont fêter leur soirée des équipages.
Cairn de Gavrinis
En arrivant à Larmor-Baden, Rochard décide de ne pas se rendre direc- tement à l’entrée du manoir des Sénéchal. Il veut d’abord « sentir » les lieux, humer l’atmosphère. Il passe le long de la plage de Locmiquel. Une jolie langue de sable d’une cinquantaine de mètres de large à marée haute. Puis vient le petit port du bourg. Rochard apprécie la vue, une des plus belles du golfe du Morbihan. Des touristes font la queue près de l’embarcadère pour se rendre sur l’île de Gavrinis, juste en face. Il y a toujours foule pour visiter le cairn de Gavrinis, un monument mégalithique considéré par les spécialistes comme la « chapelle sixtine » du Néolithique, tant l’architecture funéraire est célèbre pour la profusion et la finesse des gravures et des décors. Puis vient l’île de Berder, quelques centaines de mètres plus loin. Enfin, l’île, c’est beaucoup dire, car il existe un passage, découvert à marée basse, pour s’y rendre à pied sec.
(...)
— Vous avez rencontré Esteban, n’est-ce pas ?
— Oui, il y a quelques semaines sur l’île de Gavrinis.
— Pourquoi Gavrinis ?
— Je ne voulais pas le recevoir ici, de crainte d’une réaction violente de mon mari. La façon dont tu te conduis aujourd’hui, Pierre-Emmanuel, me conforte dans ma décision. Et puis, je me suis dit qu’on ne pouvait pas se mentir dans un tel lieu.
— Et pourquoi ? demande Rochard, étonné.
— Vous devriez lire ce qu’en dit Prosper Mérimée, lui conseille Mme Sénéchal. C’est un lieu fantastique, où le temps s’est arrêté depuis des milliers d’années. Le monument funéraire, caché sous un tumulus de terre, est incroyable de finesse, de beauté. Les esprits et les âmes y règnent en paix, confie-t-elle, dans un sourire et une lueur douce dans les yeux.
De Houat, Hoëdic à Belle Ile
Cap au sud. Vingt minutes plus tard, le semi-rigide arrive devant l’immense plage de Houat. De sable fin et bordée de dunes, elle fait face à l’île d’Hoëdic.
— En Breton, on disait Houad. Ça veut dire le canard. Et en face, Hoëdic, plus petite, veut dire le caneton, explique Étienne. On va aller vers les ruines de l’ancien port, Er Beg, totalement détruit dans les années 1950 par une tempête de suet. C’est là qu’Esteban jette l’ancre généralement.
Le bateau se faufile entre les très nombreux voiliers au mouillage en ce dimanche de Pâques.
— Pas là non plus. On met le cap sur Belle-Île, prévient Étienne.
Le bateau navigue à vitesse réduite, en longeant les cailloux de Beg Criez et Beg Pell, à la pointe sud de la grande plage.
— Magnifique, souligne Rochard.
— Oui, mais plein d’écueils. C’est mal pavé ici, entre Houat et Hoëdic. On l’appelle le passage des Sœurs. Devant nous, c’est l’île aux Chevaux, montre Étienne.
— Pourquoi ce nom ?
— Dans le temps, elle servait de pâturage aux animaux des habitants d’Houat et Hoëdic. Surtout des chevaux. Ils y vivaient en totale liberté. Et pas de risque qu’ils s’échappent !
L’équipage laisse la petite île aux verts pâturages sur bâbord et navigue désormais vers la pointe nord-ouest de Belle-Île. On reste dans le domaine équin, puisqu’après l’île aux Chevaux vient la pointe des Poulains.
Pointe des Poulains, Belle Ile
Étienne ralentit en arrivant près de la pointe des Poulains, qui est en réalité une île à marée haute. Le site est superbe, avec une multitude de criques, de plages au sable immaculé, d’herbes rases et de rochers de toutes les formes, dont celui, très pittoresque, du chien. Alors qu’Étienne regarde les quelques voiliers au mouillage – toujours pas de trace du Figaro d’Esteban – Rochard est intrigué par la présence d’un fort, visiblement bien entretenu, dont les belles fenêtres et les volets blancs resplendissent sous le soleil voilé.
— Ça, c’est le fort de Sarah Bernhardt, précise Étienne.
— L’actrice ?
— Oui, elle l’a acheté pour se réfugier et se reposer du tumulte parisien. Les gens disent qu’elle était très sauvage. Mais on raconte aussi qu’elle faisait venir sa troupe pour répéter et qu’il y avait de belles fêtes. Elle est restée longtemps. Je crois même qu’elle voulait être enterrée aux Poulains, mais elle a fini au Père-Lachaise, comme toutes les stars ! Bon, on va à Sauzon, c’est juste à côté, annonce Étienne.
Sauzon, Belle Ile
Le bateau passe à côté de la pointe du Cardinal et de sa tourelle verte. Puis c’est l’avant-port et ses bateaux alignés sur des corps-morts.
— Il est là ! s’écrie Étienne. C’est son bateau, le Figaro.
Le patron de bar s’approche doucement du voilier d’Esteban, une aussière à la main. Il se place à couple du Figaro et s’amarre. Étienne se hisse à bord d’un bond. Le panneau de la descente n’est pas fermé. Un coup d’œil dans la cabine très minimaliste de cet ancien bateau de régate. Personne. Un autre vers le tableau arrière.
— Son annexe n’est pas là. Esteban doit être à terre. On va rentrer dans le port et longer les quais.
Étienne et Rochard s’approchent d’une digue où trône un joli phare blanc et vert. Petit à petit, le commissaire découvre le port de Sauzon. Le bijou sort de son écrin. Une multitude de maisons de toutes les couleurs font face à la lande.
— Rien vu d’aussi beau depuis une paella en terrasse à Villajoyosa, lâche Rochard. En fait, non, je préfère Sauzon, car les couleurs sont plus douces, pastel. C’est un vrai paradis ici.
Alignements de Carnac
Le commissaire Rochard longe les alignements de menhirs pour rejoindre la gendarmerie de Carnac. Il doit y retrouver Maxime Deschanel et la capitaine Vézin.
— Dieu que c’est beau, se dit-il, face à cet univers minéral magnifié par le ciel d’encre, traversé par instants par de puissants éclairs. Ça a quand même de la gueule tout ce granit en érection !
« Un spectacle comme ça mérite une musique puissante, une symphonie, des adagios de Mahler ou Tchaïkovski ! » se dit-il, soudain lyrique, prêt à fouiller dans les playlists classiques de son smartphone, à la recherche du morceau en accord parfait avec la beauté des lieux.
Presqu’ile et baie de Quiberon
La voiture des enquêteurs roule à toute allure en direction de la plage de Port Blanc.
— Pourquoi dit-on presqu’île de Quiberon, Deschanel ?
— Parce que son accès ne tient qu’à un fil, capitaine. Vous allez voir, l’isthme de sable situé à Penthièvre ne mesure qu’une vingtaine de mètres. Et il faut y faire passer la route et la voie de chemin de fer.
— Il y a des trains pour Quiberon ?
— Oui, et il est très utile. Morbihan oblige, on l’appelle le «tire- bouchon», tant il évite de se retrouver coincé sur la route quand les vacanciers sont pare-chocs contre pare-chocs.
Effectivement, Vézin soulève de grands yeux en passant l’isthme, appelé tombolo. À sa droite, côté océan, des rouleaux viennent s’écraser sur la plage. Des kitesurfeurs profitent de la dernière heure de soleil pour voler sur les vagues d’une mer déchaînée. À sa gauche, la mer, en tout cas près de la fine langue de sable, est beaucoup plus calme. Le contraste est saisissant.
— Cet endroit est incroyable ! Magique ! s’enthousiasme Agnès Vézin.
— Pourquoi croyez-vous que j’ai refusé toutes les offres de mutation ou de promotion ? rétorque Maxime Deschanel. La baie de Quiberon, dans son ensemble, est tellement riche en merveilles, toutes diverses. C’est beau comme le théâtre antique ! Dans le même lieu vous avez la presqu’île de Quiberon, avec sa côte sauvage, Carnac, La Trinité-sur-Mer, le golfe du Morbihan et toutes ses îles, Port- Navalo, Saint-Gildas-de-Rhuys, Sarzeau et j’en passe et en oublie. Et puis les îles, Hoëdic, tranquille et chaleureuse. Houat et ses plages et criques sauvages. Et, cerise sur le gâteau, Belle-Île-en-Mer, la bien nommée, comme disent les guides touristiques, pour une fois sincères et dans le vrai.
Arche de Port Blanc, côte sauvage de Quiberon
Montrant la pointe de Beg-An-Aud, où volent des flocons d’écume semblables à de la grosse neige, le gendarme ralentit.
— On va se garer à deux cents mètres de Porz Guen et finir à pied, histoire d’être discrets, avertit Deschanel.
— Vous n’aviez pas parlé de Port Blanc ?
— Si, mais c’est la version française, pour les touristes, moque genti- ment le maréchal des logis.
Les deux enquêteurs progressent lentement dans la lande. Le bruit du vent, de la mer, des vagues s’écrasant sur la plage et les rochers est assourdissant.
— Regardez, capitaine. Là-bas, c’est l’arche, la roche percée. Elle a un succès fou au coucher de soleil, lorsque l’astre apparaît dans l’arche, comme si ses rayons transperçaient la roche.
Golfe du Morbihan
Rochard regarde sur sa droite, fasciné par le spectacle du coup de vent en baie de Quiberon. Entre Houat et Port-Navalo, à l’entrée du golfe du Morbihan, la mer ressemble à un vaste damier. Le soleil printanier joue à cache-cache avec les cumulonimbus. Comme sur un clavier de piano, les touches blanches sont séparées par des bémols et des dièses noirs comme le diable.
— On va survoler Locmariaquer, prévient le pilote de l’hélico. C’est le moment d’ouvrir les yeux. Le trimaran jaune a été volé au mouillage de Kerners. C’est dans la rivière de Vannes, à la pointe sud de l’île aux Moines.
Houat, anse de Béniguet
Après un bord plein sud sous spi à glisser vers la pointe ouest de l’île de Houat, Rochard et Michel Nanteuil empruntent le passage de Béni- guet. À la barre du ClubSwan 43 Forthunes de mer, le commissaire laisse à une distance respectable la tourelle jaune et noire du grand coin sur tribord.
— Si monsieur veut bien se donner la peine de lofer un peu vers l’île Guric, sur bâbord, demande Nanteuil. L’anse de Tréach er Béniguet, où nous allons mouiller, est juste derrière. Tu vas voir, c’est un petit paradis par vent de nordet.
— On ne met pas le moteur ? s’inquiète Rochard.
— Tu rigoles! On arrivera à la voile, en silence et en élégance. On affalera spi et grand-voile à quelques encablures de la plage pour mouiller notre ancre face au vent, en mourant sur notre terre.
Malgré le beau temps, l’anse est vierge de tout autre navire. Le long week-end de Pâques est passé.
Présentation de Spi d'enfer :
Week-end de Pâques 2024 : 400 bateaux et 3.000 marins se retrouvent à la Trinité-sur-Mer pour participer au traditionnel Spi Ouest-France, la plus grande régate en équipage d’Europe.
En cure dans la région, le commissaire Rochard est appelé pour l’enlèvement d’un chanteur célèbre, la veille de la course. Le Spi est ensuite secoué par le meurtre en pleine mer d’une navigatrice connue et redoutée dans ses activités professionnelles. Puis c’est au tour d’un célèbre et controversé chroniqueur télé d’être retrouvé mort dans les parcs à huitres jouxtant le chenal de La Trinité.
La « Mecque de la voile » est le théâtre d’intrigues et d’enquêtes aux multiples rebondissements. Cinq jours de suspense, rythmés par l’humour à l’emporte pièce du commissaire Rochard et de personnages hauts en couleur.
| Disponible dans toutes les bonnes librairies et les meilleures plateformes au prix modique de 15 euros (Editions Ouest-France) : |
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