Les souvenirs du 10 mai 1981 du commissaire Rochard dans Spi d'enfer


 


Nous sommes le 10 mai ! L'occasion de publier un extrait du polar Spi d'enfer où un affreux boomer, Michel Clavouille, ami du commissaire Rochard, raconte ses souvenirs du 10 mai 1981 à La Trinité-sur-Mer :

— Tu parlais de grande fête le soir du 10 mai 81. Mais tu vivais à La Trinité-sur-Mer à l’époque, non ? Le lieu n’est pas connu pour être la Mecque des conquêtes de gauche, s’amusa Rochard.
— Justement, c’est ce paradoxe qui a contribué à faire de cette soirée une nuit de folie. Un « very bad trip » en pays nouvellement socialiste, expliqua doctement « Clavouille ». Tout était fermé ce soir-là sur les quais du port. Il y a même des commerçants qui avaient tiré les rideaux de fer ! On était à l’apéro chez un pote. On regardait les images de fête partout en France, mais pour nous, c’était ville morte. On a fini par déni- cher un petit resto ouvrier miraculeusement ouvert du côté de Kerisper. On l’a aussitôt rebaptisé le café du peuple ! C’est en ressortant quelques heures et grammes plus tard que ça s’est un peu gâté.
Connaissant son vieux copain par cœur, Rochard leva aussitôt les yeux de son assiette de canard à la mangue rôtie aux épices, accompagnée de tuiles aux noix de cajou. «Pour qui sonne le gras», se lamenta-t-il en pensant à feu son régime.
— Un peu gâté, c’est-à-dire ? s’inquiéta-t-il.
— Tu te souviens de Pierre-Marie, qui faisait de la voile avec moi. L’envie l’a pris d’aller sonner chez des vieux, à la porte d’une petite maison sur le quai. Il connaissait leur petit penchant « Maréchal, nous voilà », d’où l’idée de leur faire une petite blague en pleine nuit.
— De quel genre la blague ? relança Rochard, tout en dégustant son verre de Haut-Brion avec une moue de parfaite félicité.
— On leur a dit que les chars russes étaient sur le pont de Kerisper, à l’entrée de la commune. Qu’il fallait tout barricader et tout planquer. Du coup, on a déplacé lits et armoires pour bloquer toutes les issues. On était morts de rire, car ils nous remerciaient en plus ! En sortant, on chantait « Mort aux Popov ».
— Et comment ce haut fait de résistance face à l’ennemi soviétique s’est-il terminé ?
— Par la visite du commandant de gendarmerie, qui nous a sortis du lit le 11 mai à l’aube. On s’en est tiré par une grosse engueulade. Sans parler de mon père, furieux à l’idée que des gens de La Trinité-sur-Mer puissent penser qu’il avait un enfant gauchiste.
— De ton côté, tout risque était déjà écarté, sourit Rochard.

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